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Je n'avais pas cherché à comprendre, comment j'en étais arrivée là. Il m'avait simplement dit que c'était fini, ou quelque chose comme ça. J'avais volontairement effacé de ma mémoire le jour où ma vie avait pris un autre tournant. Je ne me souvenais plus de ses traits, de la couleur de ses yeux, de son sourire, ni même du son de sa voix, j'avais tout oublié jusqu'au jour de notre rencontre, sa rencontre. 

En me réveillant ce matin-là et que je trouvai une enveloppe sur le comptoir de la cuisine, un nom y était inscrit, le mien. Je lus son contenu d'une traite en éprouvant un certain mal aise aux mots qui y avaient été aposés. Je dus la relire une seconde fois, puisque mes mains tremblaient à mesure que je comprenais où me conduisaient mes pensées. Il m'avait quitté. Deux ans, d'amours. Il m'avait quitté. Je regardais autour de moi perdu, effrayée à l'idée de me retrouver seule dans la pièce que ses pas avaient foulé quelques heures plus tôt, je parcourais des yeux l'ensemble et n'y trouvais plus son emprunte, il était tout simplement parti. Je me levai et retournai dans ma chambre où je découvrais qu'il n'y avait pratiquement plus ses affaires. Il s'était barré sans même me dire au revoir! Il aurait au moins pu m'expliquer pourquoi et comment, et.. Est-ce que j'en avais réellement envie de savoir pourquoi ? Je clignais plusieurs fois des yeux en attendant que les vannes s'ouvrent, mais rien ne venait. Mes yeux restaient inconfortablement secs et ça m'irritait. Quelque chose en moi me hurlait que ça n'allait pas aller, que j'allais souffrir, m'engouffrer dans une spirale infernale qu'il me serait incapable d'en sortir. Je serais happée d'une telle puissance par la douleur, que je ne serais devenue que l'ombre de moi-même. J'aurais disparu à jamais par sa faute. Et il était inconcevable que quelqu'un puisse avoir un tel ascendant sur moi. Pas maintenant. Pas maintenant alors que je finissais enfin mes études et que j'étais sûre de décrocher le job de mes rêves. Il n'avait pas le droit de me faire ça, pas maintenant alors que tout était prévu. Inspirant un grand coup, je retournais dans la cuisine, m'assis à un tabouret et décidai de réfléchir efficacement à ce que j'allais faire à présent. Il était parti, d'accord, seulement je n'étais pas seule. J'avais encore de la ressource, il suffirait que je fasse appel à ma mère pour que tout redevienne comme avant. Du moins, quelque chose comme ça. Je n'avais pas une minute à perdre, il me fallait vite que cette douleur qui commençait à augmenter cesse. Il fallait arrêter, je voyais déjà la lumière de la spirale, je sentais déjà la folie s'imprégner dans mes cellules, il fallait faire vite. Je m'habillais tout en décrochant mon téléphone, une seule intonation et ma mère répondit. Elle sentit immédiatement que ça n'allait pas. Je savais qu'elle allait être contre, mais j'avais tellement besoin que ça s'arrête que je ne lui demanderais sûrement pas son avis. Je me dépêchais de raccrocher et je pris ma voiture jusqu'à chez elle.

Arrivée à bon port, je descendis de voiture et ma mère était déjà là à m'attendre, les lèvres pincées. C'était sa façon de montrer sa contrariété ou son inquiétude. Je lui déposai un rapide baiser sur le front et m'engouffrai dans la maison. Il me fallait que ça s'arrête. Mes joues cuisaient, les larmes menaçaient de couler, non pas maitenant.

- Il faut tu m'aides, lançai-je alors que je lui tournai le dos.

Ma mère était quelqu'un de perspicace, je pense qu'elle savait déjà d'avance ce que j'allais lui demander, mais elle ne m'interrompit pas une seule fois.

- J'ai besoin d'un sortilège, j'ai besoin que cette douleur s'arrête. Il faut que ça cesse, tu comprends ? Je ne pourrais pas continuer si je.. si je ne peux pas..

Je lui fis face et elle me lança un regard impénétrable, bon signe. Cela voulait dire qu'elle enregistrait les informations et qu'elle était déjà en train de travailler. 

- Que veux-tu ?

- Un truc bien, genre l'oublier par exemple! m'énervai-je alors que je commençai à trembler.

Ma mère ne s'en formalisa pas, mais me lança tout de même un regard noir avant de me prendre par le bras pour m'emmener dans une arrière salle. Je n'avais pas le droit d'y mettre les pieds lorsque j'étais petite. Ma mère avait peur que je me fasse mal ou qu'il m'arrive quelque chose, comme...lire "une histoire" et de voir cette même "histoire" se matérialiser devant soi ? Oui, oui, je l'ai fait. Bref, je ne pensais pas que dans la famille nous étions dotés de telles facultés! J'avais cinq ans. Aujourd'hui c'était..important. Je ne pouvais pas me servir de mes pouvoirs sur moi, il fallait que quelqu'un le fasse à ma place. Ma mère était la seule personne en dehors de..Tommy (j'eus du mal à le penser) à être proche de moi. Elle ouvrit son grimoire et le feuilleta quelques instants avant de le refermer d'un coup sec.

- Hors de question! dit-elle en rebroussant chemin.

- Pardon ? rétorquai-je en l'arrêtant d'un geste. Qu'est-ce que ça veut dire "hors de question"?

- Kris, c'est bien trop dangereux et je ne suis pas certaine de pouvoir arranger quelque chose si jamais ça tournait mal, répondit-elle simplement.

- Mais maman! Il ne m'arrivera rien. C'est quoi ces salades?!

- Tu veux l'oublier, c'est ça ? Mais je peux aussi sans le faire exprès effacer tout depuis le début, tu saisis ?

Je hochais la tête.

- Je peux effacer les années que tu as passé avec lui, les gens que vous avez rencontré, les endroits que vous avez visité je peux..

- Effacer deux ans de ma vie. Les deux ans que j'ai passé avec lui, soufflai-je en réalisant enfin.

Elle acquiesça en me faisant un sourire contrit. Je levai les yeux vers elle.

- D'accord, vas-y.

Elle secoua la tête.

- S'il te plaît maman, avant qu'il ne soit trop tard il faut que..ça cesse. S'il te plaît..

Elle resta sur sa position.

- J'ai vu ce que j'allais devenir, dans quelques temps et je ne veux pas être cette fille-là. S'il te plaît..soufflai-je, j'en ai besoin. Tu n'auras qu'à me dire ce que j'ai loupé si jamais ça marche "trop" bien, mais me laisse pas..

- Si je vous ai éloigné de la magie ta soeur et toi, c'est bien parce que je voulais que vous traversiez chaque étape de la vie, que vous appreniez de vos erreurs et que vous ayez une vie normale, alors ne me demande pas de faire ça, tu seras mal, c'est vrai tu passeras par des étapes..

En un seul coup, je lui envoyai par télépathie tout ce que j'avais vu une heure avant. Elle battit des paupières et chancela avant de me foudroyer du regard.

- Non Kris! Non! fulmina-t-elle. Tu n'avais pas le droit d'utiliser la magie sur moi! 

- Toi non plus, mais c'est ce que tu vas faire, lui lançai-je en relevant le menton vers le ciel. S'il te plaît, maman, fais-le, j'en ai besoin, continuai-je en fermant les yeux.

Je l'entendis ronchonner, puis plus rien. Lorsque mes yeux s'ouvrirent, je baissai la tête et regardais autour de moi. Elle était toujours devant moi et ne semblait pas être très contente, pourtant je sentais que mon coeur continuait de battre, que mes poumons étaient remplis d'airs et que un manque indéfinissble se faisait ressentir, mais ça n'était pas douloureux. J'avais cessé d'avoir mal, pour...mais c'était pour qui ? Je regardais ma mère et elle me fit un sourire inqualifiable. Elle commença à me poser des tonnes de questions, mais j'étais incapable de répondre, je ne savais pas qui était cet homme..Tommy. Puis elle me posa d'autres questions auxquelles je répondis du tac au tac et elle soupira soulager. Pourquoi ? 

Maintenant, je savais pourquoi elle avait eu si peur. Ce genre de chose demande de la pratique. Petit à petit el souvenir de Tommy revenait à moi, sans pour autant me blesser. Je ne pouvais pas mettre de visage sur son nom, mais je savais que dans ma vie il avait été. Il ne restait plsu de trace de passage dans ma vie actulle, aucune photo, aucun vêtement ni cadeau, seulement son prénom qui revenait sans cesse dans mon esprit, et cette lettre qu'il m'avait laissé. Lui non plus ne se souvenait plus de moi, ça avait marché dans les deux sens. Pourtant, lorsque nos yeux par hasard se croisaient, ils s'accrochaient, s'électrisaient, jusqu'au moment où l'un des deux détournait le regard. Je ne savais pas ce qui s'était passé entre nous, et ne voulais pas le savoir, je savais seulement que, si j'en étais venue à demander à ma mère de réciter cette formule, c'est que j'en avais besoin. Oh oui, très besoin.