Un rêve éveillé

29 mars 2013

Un changement irrévocable

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Je n'avais pas cherché à comprendre, comment j'en étais arrivée là. Il m'avait simplement dit que c'était fini, ou quelque chose comme ça. J'avais volontairement effacé de ma mémoire le jour où ma vie avait pris un autre tournant. Je ne me souvenais plus de ses traits, de la couleur de ses yeux, de son sourire, ni même du son de sa voix, j'avais tout oublié jusqu'au jour de notre rencontre, sa rencontre. 

En me réveillant ce matin-là et que je trouvai une enveloppe sur le comptoir de la cuisine, un nom y était inscrit, le mien. Je lus son contenu d'une traite en éprouvant un certain mal aise aux mots qui y avaient été aposés. Je dus la relire une seconde fois, puisque mes mains tremblaient à mesure que je comprenais où me conduisaient mes pensées. Il m'avait quitté. Deux ans, d'amours. Il m'avait quitté. Je regardais autour de moi perdu, effrayée à l'idée de me retrouver seule dans la pièce que ses pas avaient foulé quelques heures plus tôt, je parcourais des yeux l'ensemble et n'y trouvais plus son emprunte, il était tout simplement parti. Je me levai et retournai dans ma chambre où je découvrais qu'il n'y avait pratiquement plus ses affaires. Il s'était barré sans même me dire au revoir! Il aurait au moins pu m'expliquer pourquoi et comment, et.. Est-ce que j'en avais réellement envie de savoir pourquoi ? Je clignais plusieurs fois des yeux en attendant que les vannes s'ouvrent, mais rien ne venait. Mes yeux restaient inconfortablement secs et ça m'irritait. Quelque chose en moi me hurlait que ça n'allait pas aller, que j'allais souffrir, m'engouffrer dans une spirale infernale qu'il me serait incapable d'en sortir. Je serais happée d'une telle puissance par la douleur, que je ne serais devenue que l'ombre de moi-même. J'aurais disparu à jamais par sa faute. Et il était inconcevable que quelqu'un puisse avoir un tel ascendant sur moi. Pas maintenant. Pas maintenant alors que je finissais enfin mes études et que j'étais sûre de décrocher le job de mes rêves. Il n'avait pas le droit de me faire ça, pas maintenant alors que tout était prévu. Inspirant un grand coup, je retournais dans la cuisine, m'assis à un tabouret et décidai de réfléchir efficacement à ce que j'allais faire à présent. Il était parti, d'accord, seulement je n'étais pas seule. J'avais encore de la ressource, il suffirait que je fasse appel à ma mère pour que tout redevienne comme avant. Du moins, quelque chose comme ça. Je n'avais pas une minute à perdre, il me fallait vite que cette douleur qui commençait à augmenter cesse. Il fallait arrêter, je voyais déjà la lumière de la spirale, je sentais déjà la folie s'imprégner dans mes cellules, il fallait faire vite. Je m'habillais tout en décrochant mon téléphone, une seule intonation et ma mère répondit. Elle sentit immédiatement que ça n'allait pas. Je savais qu'elle allait être contre, mais j'avais tellement besoin que ça s'arrête que je ne lui demanderais sûrement pas son avis. Je me dépêchais de raccrocher et je pris ma voiture jusqu'à chez elle.

Arrivée à bon port, je descendis de voiture et ma mère était déjà là à m'attendre, les lèvres pincées. C'était sa façon de montrer sa contrariété ou son inquiétude. Je lui déposai un rapide baiser sur le front et m'engouffrai dans la maison. Il me fallait que ça s'arrête. Mes joues cuisaient, les larmes menaçaient de couler, non pas maitenant.

- Il faut tu m'aides, lançai-je alors que je lui tournai le dos.

Ma mère était quelqu'un de perspicace, je pense qu'elle savait déjà d'avance ce que j'allais lui demander, mais elle ne m'interrompit pas une seule fois.

- J'ai besoin d'un sortilège, j'ai besoin que cette douleur s'arrête. Il faut que ça cesse, tu comprends ? Je ne pourrais pas continuer si je.. si je ne peux pas..

Je lui fis face et elle me lança un regard impénétrable, bon signe. Cela voulait dire qu'elle enregistrait les informations et qu'elle était déjà en train de travailler. 

- Que veux-tu ?

- Un truc bien, genre l'oublier par exemple! m'énervai-je alors que je commençai à trembler.

Ma mère ne s'en formalisa pas, mais me lança tout de même un regard noir avant de me prendre par le bras pour m'emmener dans une arrière salle. Je n'avais pas le droit d'y mettre les pieds lorsque j'étais petite. Ma mère avait peur que je me fasse mal ou qu'il m'arrive quelque chose, comme...lire "une histoire" et de voir cette même "histoire" se matérialiser devant soi ? Oui, oui, je l'ai fait. Bref, je ne pensais pas que dans la famille nous étions dotés de telles facultés! J'avais cinq ans. Aujourd'hui c'était..important. Je ne pouvais pas me servir de mes pouvoirs sur moi, il fallait que quelqu'un le fasse à ma place. Ma mère était la seule personne en dehors de..Tommy (j'eus du mal à le penser) à être proche de moi. Elle ouvrit son grimoire et le feuilleta quelques instants avant de le refermer d'un coup sec.

- Hors de question! dit-elle en rebroussant chemin.

- Pardon ? rétorquai-je en l'arrêtant d'un geste. Qu'est-ce que ça veut dire "hors de question"?

- Kris, c'est bien trop dangereux et je ne suis pas certaine de pouvoir arranger quelque chose si jamais ça tournait mal, répondit-elle simplement.

- Mais maman! Il ne m'arrivera rien. C'est quoi ces salades?!

- Tu veux l'oublier, c'est ça ? Mais je peux aussi sans le faire exprès effacer tout depuis le début, tu saisis ?

Je hochais la tête.

- Je peux effacer les années que tu as passé avec lui, les gens que vous avez rencontré, les endroits que vous avez visité je peux..

- Effacer deux ans de ma vie. Les deux ans que j'ai passé avec lui, soufflai-je en réalisant enfin.

Elle acquiesça en me faisant un sourire contrit. Je levai les yeux vers elle.

- D'accord, vas-y.

Elle secoua la tête.

- S'il te plaît maman, avant qu'il ne soit trop tard il faut que..ça cesse. S'il te plaît..

Elle resta sur sa position.

- J'ai vu ce que j'allais devenir, dans quelques temps et je ne veux pas être cette fille-là. S'il te plaît..soufflai-je, j'en ai besoin. Tu n'auras qu'à me dire ce que j'ai loupé si jamais ça marche "trop" bien, mais me laisse pas..

- Si je vous ai éloigné de la magie ta soeur et toi, c'est bien parce que je voulais que vous traversiez chaque étape de la vie, que vous appreniez de vos erreurs et que vous ayez une vie normale, alors ne me demande pas de faire ça, tu seras mal, c'est vrai tu passeras par des étapes..

En un seul coup, je lui envoyai par télépathie tout ce que j'avais vu une heure avant. Elle battit des paupières et chancela avant de me foudroyer du regard.

- Non Kris! Non! fulmina-t-elle. Tu n'avais pas le droit d'utiliser la magie sur moi! 

- Toi non plus, mais c'est ce que tu vas faire, lui lançai-je en relevant le menton vers le ciel. S'il te plaît, maman, fais-le, j'en ai besoin, continuai-je en fermant les yeux.

Je l'entendis ronchonner, puis plus rien. Lorsque mes yeux s'ouvrirent, je baissai la tête et regardais autour de moi. Elle était toujours devant moi et ne semblait pas être très contente, pourtant je sentais que mon coeur continuait de battre, que mes poumons étaient remplis d'airs et que un manque indéfinissble se faisait ressentir, mais ça n'était pas douloureux. J'avais cessé d'avoir mal, pour...mais c'était pour qui ? Je regardais ma mère et elle me fit un sourire inqualifiable. Elle commença à me poser des tonnes de questions, mais j'étais incapable de répondre, je ne savais pas qui était cet homme..Tommy. Puis elle me posa d'autres questions auxquelles je répondis du tac au tac et elle soupira soulager. Pourquoi ? 

Maintenant, je savais pourquoi elle avait eu si peur. Ce genre de chose demande de la pratique. Petit à petit el souvenir de Tommy revenait à moi, sans pour autant me blesser. Je ne pouvais pas mettre de visage sur son nom, mais je savais que dans ma vie il avait été. Il ne restait plsu de trace de passage dans ma vie actulle, aucune photo, aucun vêtement ni cadeau, seulement son prénom qui revenait sans cesse dans mon esprit, et cette lettre qu'il m'avait laissé. Lui non plus ne se souvenait plus de moi, ça avait marché dans les deux sens. Pourtant, lorsque nos yeux par hasard se croisaient, ils s'accrochaient, s'électrisaient, jusqu'au moment où l'un des deux détournait le regard. Je ne savais pas ce qui s'était passé entre nous, et ne voulais pas le savoir, je savais seulement que, si j'en étais venue à demander à ma mère de réciter cette formule, c'est que j'en avais besoin. Oh oui, très besoin.

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26 mars 2013

En quête du bonheur

 

Peyton

 

 

Jake était debout face à la fenêtre, lorsque je m'éveillai ce matin-là. Je me redressai un sourire aux lèvres en pensant à la soirée que nous avions passé. J'étais venue sans réfléchir le rejoindre à Savannah où il avait fui avec sa fille. Je savais que je l'aimais et c'était pour cette raison que j'avais décidé de tout plaquer le temps d'une semaine. Brooke ne m'en avait en aucun cas dissuadé. Elle était heureuse de me voir retrouver le sourire après tout ce temps à pleurer l'homme que je chérissais tant. Je passai une main dans ma tignasse bouclée et dégageai la couverture de mes jambes pour aller le rejoindre. Il ne me sentit pas venir. Je l'enlaçais tendrement et son corps se raidit contre le mien. Je fronçais les sourcils. Ce n'était pas du tout la réaction que j'attendais. Il soupira profondément et se dégagea promptement de mon étreinte pour aller s'asseoir sur le lit. Je demeurai les bras le long du corps à l'observer sans rien dire. J'inspirai un grand coup mais ne me braquai pas. Les rayons du soleil filtraient à travers les rideaux et la pièce était plongée dans son aura bienveillante. Cette atmosphère chaleureuse ne pouvait pas se dissiper maintenant, le temps était propice à l'amour, dehors les oiseaux chantaient mon bonheur. Rien ne pouvait gâcher ça. Je ne pouvais pas y croire. Je m'approchai de lui et passai une main dans ses cheveux. Il me prit la main et m'obligea à m'asseoir à ses côtés. Il avait la tête baissée et je vis son corps frissonné. Une inquiétude étrange me submergea, comme si quelque chose tapi dans l'ombre attendait son heure pour sortir.

 

  • Jake ? Commençai-je la voix cassée.

  • Peyton, tu sais que tu parles dans ton sommeil ? Me demanda-t-il en me regardant droit dans les yeux.

 

Je me détendis et souris. Je passai une main sur son visage.

 

  • Oui je le sais.

 

Il acquiesça.

 

  • Quoi ? J'ai menacé de te tuer ou..

  • Non, tu as dit « je t'aime », me coupa-t-il soudain sérieux.

 

Je levai les yeux au ciel toujours le sourire aux lèvres.

 

  • C'est plutôt une bonne chose, non ? Tu devrais être content, répliquai-je.

  • Tu as dit « je t'aime, Lucas », reprit-il et ma main arrêta sa caresse sur sa joue.

 

Il me regardait toujours droit dans les yeux, sans même les cligner une seule fois. Je ne voyais pas où était le problème. Tout le monde parlait dans son sommeil et il ne disait pas forcément des choses qu'il pensait.

 

  • Je ne vois pas où tu veux en venir.

  • Moi, je crois que si.

 

Il marqua une pause. Je me raidis.

 

  • Pourquoi tu es venue Peyton ? Me demanda-t-il.

  • Pour te voir et voir Jenny.

  • Tu en es sûre ?

  • Mais Jake..

  • Pourquoi ?

 

Cette chose, cette sale chose tapie dans l'ombre était en train de sortir. Je le voyais sur le visage de Jake, dans son regard, la chambre s'était soudain assombrie. Partout où mon décor avait été planté pour une journée parfaite, cette ombre la recouvrait par tous les pores. Je fixai Jake droit dans les yeux, sentant le courage me lâcher. Il me fit un bref sourire, et posa sa main sur la mienne.

 

  • Tu sais, je ne t'en veux pas Peyton. Tu es amoureuse de lui depuis le début. Seulement..j'avais espéré que ton cœur un jour m'appartiendrait.

 

Je continuai de l'observer en cherchant une once de mensonge dans son regard. Il m'aimait tellement qu'il voulait me voir heureuse, avec ou sans lui. Comment avais-je pu passer de l'état où je me sentais amoureuse de Jake à celui où j'étais amoureuse de mon meilleur ami ? Peut-être que Jake faisait fausse route, peut-être que les sentiments qu'il pensait que j'avais pour Lucas n'étaient que l'ombre de ceux que j'avais ressenti auparavant. Je m'agrippai à sa main comme une bouée. Il m'avait jeté à l'eau sans rien à quoi me raccrocher et je ne voulais pas me noyer. Je l'obligeai à me faire face, mais il s'obstinait à garder les yeux baissés.

 

  • S'il te plaît, soufflai-je comme un supplice.

 

Il s'exécuta.

 

  • Je t'aime Jake, crois-moi quand je te dis ça.

  • Mais pas autant que tu l'aimes, lui.

 

Je secouai la tête, les yeux fermés.

 

  • Comment peux-tu croire un seul instant que je suis encore amoureuse de Lucas ? C'est mon meilleur ami, et le copain de ma meilleure amie, comment peux-tu.. J'ai quitté Tree Hill.

  • Tu fuyais juste ! Tu as toujours fui les problèmes, pour une fois affronte-les même s'ils font mal, même s'il y en a qui ne s'en sorte pas, il faut que tu affrontes tes peurs. C'est la vie, Peyton.

  • Je n'aime pas son concept. Alors nous sommes voués à nous battre contre nos démons tout au long de notre vie ? Sans même avoir une issue de secours ?

  • Nous sommes des êtres humains, nous avons été conçus de tel façon à ce que nous ne goûtions, presque jamais au bonheur éternel. C'est impossible, sinon où serait son enjeu ?

 

Je m'obstinai à mon tour de vaincre cette stupidité. Je ne voulais pas croire que c'était fini. Que cette journée que nous avions passé tous les deux avec Jenny, cette soirée où nous nous étions unis plusieurs fois ne resterait qu'un fade souvenir. Je ne voulais pas croire que j'avais fait tout cela pour rien. Je m'y refusais.

 

  • Peyton, sache que je t'aime et ce jusqu'à la fin de ma vie. Et même si tu ne veux pas me l'avouer, avoue-le toi à toi-même. Tu as le droit de l'aimer Peyton, tu en as le droit. Il t'a sauvé de toi-même.

 

J'ouvris les yeux et tombai sur son visage bienveillant. Je les écarquillai et eus un mouvement de recul. Étais-je vouée à faire du mal aux gens que j'aimais toute ma vie ?

 

  • Si tu savais comme je regrette, murmurai-je le regard brouillé par les larmes menaçantes.

  • Je sais, je sais.

  • Jake..je t'ai aimé, et je t'aime. Je ne comprends pas du tout..

  • Parfois, il faut qu'on te secoue Miss Sawyer ! Tu n'affrontes seulement tes craintes qu'au pied du mur. C'est dans ta nature.

  • Comment se fait-il que tu me connaisses aussi bien ?

  • Des heures et des heures à potasser ton mode emploie, plaisanta-t-il en riant doucement.

 

Et je ris à travers mes larmes, qui coulèrent silencieuses sur mes joues. La belle journée qui s'annonçait retrouvait sa place, mais je n'arrivais pas à me réjouir. Cette découverte que j'avais faite en cette journée d'été allait détruire des vies. En commençant par la mienne.

 

 

Brooke

 

Le sourire aux lèvres, je finis de taper mon article. Je le ponctuai d'un geste et me retournai vers le lit sur lequel Lucas était allongé un bouquin dans les mains. Je l'observai, ses sourcils froncés, concentré sur un chef d’œuvre de Shakespeare. Malgré le fait qu'il soit devenu un célèbre écrivain, Lucas continuait de s'inspirer de ses prédécesseurs. Il continuerait toujours de m'étonner. Il dut sentir que je l'observai, car il baissa son livre et me fit un sourire.

 

  • Tu as fini ? Me demanda-t-il.

  • Oui m'sieur, répondis-je en me levant et m'asseyant face à lui.

  • Tu devrais être ravie.

  • Je le suis.

  • Alors pourquoi je vois cette ombre, là, dans tes yeux.

 

Je haussai les épaules. Lucas me connaissait par cœur.

 

  • N'as-tu jamais ressenti, tu sais, cette vague impression que quelque chose de grave arriverait ? Que même si tout était parfait, il ne suffirait qu'un grain de sable pour tout faire basculer ?

 

Lucas se redressa, alerté par mon ton.

 

  • A quoi tu penses ?

  • J'en sais rien.

  • Si, tu repenses à ce voyage, pas vrai ? Tu aimerais faire ce reportage ?

 

Je levai les yeux vers lui et les baissai juste après.

 

  • Il y a de ça.

  • Mais ?

  • Tu sais très bien que je ne pourrais jamais partir aussi loin de toi.

  • Brooke, je te fais confiance, alors..

  • Ce n'est pas de confiance dont je parle, je parle de besoin. Six mois en Afrique, c'est beaucoup trop long. Je ne ferai que de penser à toi et ça me tuerait.

  • Mais si tu veux le faire, si tu en as envie, je sais qu'on peut y arriver. Je sais qu'on tiendra. Qu'est-ce que six mois dans une vie ? Hein ? Me demanda-t-il en entremêlant ses doigts aux miens.

Je haussai les épaules en soupirant. Puis il me prit dans ses bras et je me laissai faire, me calant contre lui. L'oreille collée contre son torse, écoutant les battements de son cœur. Cette mélodie je m'y étais tellement habituée qu'elle était devenue ma berceuse. Chaque nuit je m'endormais sur ce son et pensais que lorsque j'étais avec lui plus rien ne pouvait m'arriver, je me sentais en sécurité. J'étais amoureuse de cet homme depuis le lycée et maintenant que j'avais réussi à vaincre ma peur d'être une nouvelle fois déçue, je vivais une histoire d'amour dont les romantiques jalouseraient. Il passa ses doigts dans mes cheveux, et respecta ce silence presque sacré que nous avions imposé. C'était pour ça que je l'aimais, pour ce sentiment de sécurité qu'il faisait grandir en moi, pour cette assurance qu'il avait et dont il jouait quand je me sentais mal. Je l'aimais pour ces qualités mais également pour tous les défauts dont ils disposaient.

 

  • Tu sais que jamais je ne laisserai quelqu'un te séparer de moi ? Me souffla-t-il au creux de l'oreille.

  • Je sais.

  • Alors qu'est-ce qui t'inquiètes ? Dis-moi.

  • J'ai peur, peur de te perdre, peur que tout bascule.

 

Il se détacha de moi quelques instants et me regarda droit dans les yeux.

 

  • Que veux-tu dire ?

  • Tu m'aimes comment ? Répliquai-je.

 

Il parut perplexe, mais dans un sourire m'avoua qu'il était fou amoureux de moi.

 

  • Votre histoire avec Peyton est donc bel et bien derrière toi ? Ajoutai-je tremblante.

 

Lucas s'assombrit et me força à le regarder droit dans les yeux.

 

  • J'ai eu le choix entre mon amour de jeunesse et celui pour qui j'étais destiné à vivre le reste de ma vie. Et il se trouve qu'elle est présente aujourd'hui à mes côtés. Peyton est une très bonne amie, la meilleure et tu le sais parce que c'est la tienne également.

  • Je sais.

  • Mais pourquoi tu..

  • Pour rien. Un vieux rêve, un songe que j'avais fait et qui m'a fait peur.

  • Il parlait de quoi ce rêve ?

  • Luc..

  • Allé, dis-moi. Je suis professeur, je peux peut-être réussir à l'interpréter.

 

Je ris et il me lança un regard noir.

 

  • Désolée, mais tu es prof de littérature pas thérapeute.

  • Oui, mais j'ai étudié durant mon cursus l'interprétation des rêves, j'ai même gardé des ouvrages là-dessus.

  • Ce n'est rien, qu'un rêve stupide qui m'a fait flipper, d'accord ? Je suis rassurée, toi aussi. Maintenant je vais aller me préparer. J'ai rendez-vous avec Cynthia.

  • Cynthia ? Pourquoi ?

  • Je n'en sais rien. Elle m'a dit que ça concernait ma chronique.

 

Lucas fronça les sourcils.

 

  • Tu ne penses pas qu'elle veuille te virer ou..

  • Non, mais je pense surtout qu'elle veut que j'agrandisse mon public.

  • Cette chronique est destinée aux femmes. Quel public pourrais-tu donc viser ?

 

Je ris. Lucas avait la fâcheuse manie de partir dans des interrogations auxquelles personnes ne pouvaient répondre. Il savait aussi bien que moi, que ma chronique ne pouvait pas aller au-delà des femmes et qu'il était donc inutile d'en dire davantage. Il me tira la langue et se leva promptement du lit.

 

  • Moi, je n'ai aucun cour aujourd'hui. Je vais voir si mon frère veut bien, en souvenir du bon vieux temps se faire un petit match.

  • Fais donc ça, oui.

  • On dirait que maintenant tu es pressée de me voir déguerpir, dit-il en me tirant par le bras et me ramenant brusquement à lui.

 

Je ris une nouvelle fois.

 

  • Lucas, je vais être en retard.

  • Hier..c'est toi qui m'a mise en retard..

  • Hé ! Tu veux ta revanche ?

  • Exactement, on se la joue en deux manches ?

 

Je n'eus pas le temps de répliquer, qu'il posa ses lèvres sur les miennes. 

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En quelques mots...

J'ai, je pense, toujours souhaité devenir écrivain. Une part de moi avait toujours voulu écrire, bien que je ne sache pas, comment il fallait procéder. Ici, sur ce site, vous ne trouverez aucune réponse sur votre quotidien, sur la musique, ni sur le dernier film sorti au cinéma. Je suis d'ailleurs une très mauvaise chroniqueuse, puisque la seule chose que je sache faire, c'est d'écrire. Je vous livrerai, sans jamais vous demander la permission, une part de moi, d'eux, ces gens que je crée de toute pièce, parce que j'en ai besoin et qu'ils me font en ressentir le besoin. Ce ne sera pas tout le temps facile d'entrer dans ce monde, "mon" monde, mais au moins, ici je ne me cache de personne. Pas même de moi. J'écris sans savoir pourquoi, et surtout j'écris parce que j'aime ça. Si jamais, vous trouvez des réponses à ce qui vous ronge de l'intérieur, un mal quelconque sur lequel aucun mot ne pourrait se poser, ou bien même qualifier cet état de jouissance que vous prodigue chaque jour la vie, alors tant mieux, c'est que j'aurai réussi une part du boulot. Si dans le cas contraire, je suis, comme j'aime l'appeler "un écrivain d'été" alors c'est que je n'aurais pas su vous captiver. Si tel était le cas, je dois vous dire, que eh bien.. Je m'en fiche royalement! Ecrire est une seconde nature chez moi, je n'ai jamais eu besoin de réfléchir à ce que j'allais poser sur papier pour me faire aimer, ça a toujours été ainsi. La plupart du temps, mes histoires, mes personnages, sont tristes, mélancoliques, parfois même fous aliés, mais quelques fois, ils sont drôles, surprenants, incroyables. Même fantastiques. Ce ne seront que des extraits pas la nouvelle entièrement. Personne ne vous oblige à lire, mais ne dit-on pas que la curiosité a besoin d'être nourrie ? Alors pourquoi ne pas tenter le coup ? Allé, ça ne coûte rien.. Jetez vous à l'eau!

 

 

PS : Si quelqu'un en fait la demande, je peux poster une nouvelle entièrement. 

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Une semaine pour tout changer

 

New-York 11 septembre 2012

 

Je savais que ce que je m'apprêtais à faire était difficile, voire insurmontable. C'est sûrement pour cette raison que je n'ai pas réfléchi durant tout le voyage et que je ne réfléchis donc plus lorsque j'atteins enfin les limites de la ville. Je grimpe rapidement les quelques marches qui séparent le trottoir du bâtiment industriel et m'y engouffre sans me retourner de peur de m'enfuir. Mon sac passé en bandoulière sur mon épaule, mon téléphone portable dans une main et le journal intime de ma sœur dans l'autre, je marche déterminée vers ce qui serait ma dernière mission, celle que j'avais promis à Haley. Des larmes intarissables commencent à me piquer les yeux mais je les chasse d'un geste rageur et continue de marcher. Je jette un œil à mon téléphone, j'y avais noté les coordonnées du bâtiment ainsi que le numéro de la salle. Lorsque je dépassai le numéro quarante-deux, je m'arrêtai devant une grosse porte marron avec les chiffres quarante-trois écrits en noir. J'inspirai profondément avant de la pousser. La salle était spacieuse et une dizaine de personnes était assise en cercle autour d'un auditoire. Leurs têtes se tournèrent vers moi, le regards doux et pénétrant. Je hochai la tête pour les saluer et me trouvai rapidement une place au fond de la salle, pas très loin de la sortie. Je n'étais pas très à l'aise, mais je savais que c'était ce qu'on attendait de moi. Une dernière fois je devais livrer son histoire, dire ce qu'elle était, comment elle était et pourquoi elle était. Je devais une dernière fois lui rendre hommage devant toutes ses personnes, qui, comme moi pleuraient un être cher. Nous savions tous que onze ans s'étaient écoulés depuis ce drame, mais le mal était fait, les larmes avaient cessé de couler, mais elles avaient été. Notre cœur serait toujours déchiré, mais la vie continuait et il fallait continuer avec elle. Nous avions appris malgré nous à nous relever, même si parfois c'était difficile, même si parfois nous perdions l'équilibre, et même si parfois nous éprouvions le besoin de fléchir. Nous étions là pour leur rendre un dernier hommage. Les gens autour de moi étaient silencieux, presque aussi mal à l'aise que moi. Je fis un tour rapide et remarquai que la plupart était plus âgé que moi, je ne m'en formalisai pas. La douleur ne choisissait jamais ses cibles en fonction de l'âge, elle nous touchait tout un chacun. Je jetai un rapide coup d'oeil à mon téléphone et il m'apprit que la réunion aurait dû débuter depuis cinq minutes, seulement personne n'avait osé prendre la parole. Je cherchai des yeux l'organisateur de cet événement et tombai sur un homme debout face aux grandes fenêtres de la salle, les bras croisés sur la poitrine, et le regard rivé sur l'auditoire. Son regard croisa le mien et je me retournai vivement, mal à l'aise. Un bruit de tissu se fit entendre et je sentis que les gens autour de moi s'agitaient. Quelqu'un passa en plein milieu du cercle et se dirigea vers le pupitre. Je levai les yeux gênée, mais soulagée, qu'enfin quelqu'un brise la glace. Un raclement de gorge m'apprit que les choses n'allaient pas être si faciles que je le pensais. Elles allaient être encore pires. L'homme nous jaugea tous un par un avant de s'arrêter sur moi. Il me fit un sourire auquel je répondis malement. C'était lui qui avait convaincu ma mère de m'obliger à faire ce voyage, il avait tourné ça de façon à ce que je ne puisse pas refuser. Je fronçais les sourcils en me remémorant cet affreux souvenir. Mais nous n'étions pas là pour parler de moi, mais de cet être cher qui me manquait et qui continuerait de me manquer malgré toutes ces années passées. Nous étions d'ailleurs tous là pour parler de quelqu'un qui nous importait. L'homme fit une autre ronde et ouvrit la bouche.

 

  • Bonjour à tous, et merci d'être venu. Je me présente, je m'appelle Keith Scott. Je suis la personne qui va vous aider tout au long de cette journée à vous libérer, pas seulement de votre chagrin mais également de vous-mêmes. Vous avez sûrement dû vous dire que ce qui s'était passé était de votre faute, que vous auriez dû être là, mais ce qui est fait est fait et on ne peut rien y changer. Tout ce que vous et moi pouvons faire c'est de continuer à nous battre pour eux, pour que les gens qui nous ont quitté continuent de vivre en nous et avec nous. Que leur souvenirs perdurent encore longtemps sans que jamais y penser ne soit une douleur. Je sais de quoi je parle, j'ai été moi-même il y a quelques années assis à votre place, à pleurer un être cher. Ce chagrin qui est vôtre et que vous pensez ne vivre seul, vous la partagez tous, mais vous n'y croyez pas. Je le sais parce que c'est ce que je pensais aussi. J'étais en colère contre la vie, contre moi-même, contre tout ces gens qui me disaient « je comprends ton chagrin » parce que c'était faux. Personne ne peut comprendre ce que l'on vit à moins de le vivre réellement, n'est-ce pas ?

 

Il avait réussi à nous avoir tous. Son regard hypnotisant était accroché aux nôtres. Il avait les bons mots et observait leur effet sur nous. J'avalai ma salive sous pression, parce que je savais que bientôt je devrais prendre sa place, je devrais me livrer à mon tour. Mais ce qui me rendait mal à l'aise était que cette histoire n'était pas la mienne, mais celle de ma sœur. Je devrais la mettre à nue pour pouvoir m'en libérer, je devrais faire son deuil pour ne plus jamais penser à elle avec douleur.

 

  • Nous allons y aller doucement et même si ça prend du temps, nous pourrons toujours revenir demain pour recommencer jusqu'à ce que tout le monde soit passé ici, reprit-il en montrant des deux mains le pupitre. Je veux que vous vous sentiez mieux, je veux que vous alliez mieux, acheva-t-il avant de s'en écarter et de jauger la salle.

 

Il eut un petit sourire en coin.

 

  • Quelqu'un ? Demanda-t-il à la ronde.

 

Je regardais autour de moi et remarquai que les têtes se baissaient au fur et à mesure, que les regards étaient fuyants et les gens nerveux. Moi-même je passais ma main dans mes cheveux mal à l'aise. Je ne voulais pas être la première à passer. J'avais mon chagrin, je l'entretenais, je ne pourrais pas m'en libérer maintenant devant tout ces inconnus. Comme si ces gens allaient m'aider à changer quoique ce soit à ma vie. Je secouai la tête et me levai, me maudissant au passage de ne pas être assez courageuse, maudissant ma mère de m'avoir supplié à y aller et surtout maudissant ce sale type de m'obliger à faire ça. Je vis quelques têtes se lever, mais je les ignorais, je marchais d'un pas décidé vers la sortie, lorsqu'une voix s'adressa à moi.

 

  • Vous devriez rester, mademoiselle. C'est pour votre bien. Restez.

 

J'hésitai la main en suspens à seulement quelques centimètre de la poignet.

 

  • Vous avez mal, je le sais. Toutes ces personnes ont mal aussi, elles comprennent votre douleur, puisqu'elles la vivent actuellement. Elles ont toutes perdu quelqu'un dans ce drame, un fils, un père, un mari, un frère, un ami , toutes ces personnes ont péri dans un même drame qui vous ont réuni ici aujourd'hui. Ne partez pas.

 

Je me retournai, le regard dur et balayai la salle des yeux. Ces gens me fixaient complètement perdus. Certains avaient les larmes aux yeux, d'autres ne semblaient pas savoir ce qui se passait. J'inspirai une nouvelle fois et sans me départir de mon courage je regagnai ma place non sans avoir jeté un coup d'oeil en coin à une vieille dame assise à quelques chaises de la mienne. Elle avait un mouchoir en tissu à la main et s'essuyait le coin des yeux en m'observant. Son regard était si doux que je ne pus m'empêcher de lui sourire.

 

  • Vous avez bien fait, mademoiselle. Peut-être voulez-vous commencer, proposa-t-il et je secouai vivement la tête.

 

Un petit rire discret se fit entendre au fond de la salle, mais je ne fus pas assez curieuse pour savoir de qui il s'agissait. Keith patienta quelques instants et je cédai une nouvelle fois. Autant en finir rapidement, pensais-je en me levant, la main férocement accrochée au journal de ma sœur. Je grimpai rapidement les deux marches et m'avançai vers le pupitre. Vue d'ici, les gens semblaient beaucoup plus nombreux. Leur regard sur moi me firent l'effet d'une bombe. J'avais l'impression de me retrouver ce jour-là, les yeux rivés sur l'écran de télévision et le son du téléphone qui ne cessait de sonner, mais pourtant je n'avais pas réussi à décrocher, j'étais bien trop choquée de voir ce qui se passait. Je battis des paupières et revins à la réalité. J'avais gardé mon sac et je posai le journal à plat sur le pupitre. J'avais su dès l'instant où ma mère m'avait demandé d'y aller pour elle, mais surtout pour moi ce que j'allais lire à propos de Haley. Je n'arrivais pas à décrocher mes yeux du petit cœur noir qu'elle avait griffonné sur la couverture de son journal où les initiales de son nom et du mien étaient gravés. Une larme s'échappa malgré moi et je la laissai rouler. J'espérai que ça serait la dernière avant longtemps, avant la prochaine étape, avant ma résurrection. Je levai les yeux sur mon public et me lançai, tremblante de peur.

 

  • Bonjour à tous, commençai-je d'une voix faible.

Posté par Colinn à 18:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]