Peyton

 

 

Jake était debout face à la fenêtre, lorsque je m'éveillai ce matin-là. Je me redressai un sourire aux lèvres en pensant à la soirée que nous avions passé. J'étais venue sans réfléchir le rejoindre à Savannah où il avait fui avec sa fille. Je savais que je l'aimais et c'était pour cette raison que j'avais décidé de tout plaquer le temps d'une semaine. Brooke ne m'en avait en aucun cas dissuadé. Elle était heureuse de me voir retrouver le sourire après tout ce temps à pleurer l'homme que je chérissais tant. Je passai une main dans ma tignasse bouclée et dégageai la couverture de mes jambes pour aller le rejoindre. Il ne me sentit pas venir. Je l'enlaçais tendrement et son corps se raidit contre le mien. Je fronçais les sourcils. Ce n'était pas du tout la réaction que j'attendais. Il soupira profondément et se dégagea promptement de mon étreinte pour aller s'asseoir sur le lit. Je demeurai les bras le long du corps à l'observer sans rien dire. J'inspirai un grand coup mais ne me braquai pas. Les rayons du soleil filtraient à travers les rideaux et la pièce était plongée dans son aura bienveillante. Cette atmosphère chaleureuse ne pouvait pas se dissiper maintenant, le temps était propice à l'amour, dehors les oiseaux chantaient mon bonheur. Rien ne pouvait gâcher ça. Je ne pouvais pas y croire. Je m'approchai de lui et passai une main dans ses cheveux. Il me prit la main et m'obligea à m'asseoir à ses côtés. Il avait la tête baissée et je vis son corps frissonné. Une inquiétude étrange me submergea, comme si quelque chose tapi dans l'ombre attendait son heure pour sortir.

 

  • Jake ? Commençai-je la voix cassée.

  • Peyton, tu sais que tu parles dans ton sommeil ? Me demanda-t-il en me regardant droit dans les yeux.

 

Je me détendis et souris. Je passai une main sur son visage.

 

  • Oui je le sais.

 

Il acquiesça.

 

  • Quoi ? J'ai menacé de te tuer ou..

  • Non, tu as dit « je t'aime », me coupa-t-il soudain sérieux.

 

Je levai les yeux au ciel toujours le sourire aux lèvres.

 

  • C'est plutôt une bonne chose, non ? Tu devrais être content, répliquai-je.

  • Tu as dit « je t'aime, Lucas », reprit-il et ma main arrêta sa caresse sur sa joue.

 

Il me regardait toujours droit dans les yeux, sans même les cligner une seule fois. Je ne voyais pas où était le problème. Tout le monde parlait dans son sommeil et il ne disait pas forcément des choses qu'il pensait.

 

  • Je ne vois pas où tu veux en venir.

  • Moi, je crois que si.

 

Il marqua une pause. Je me raidis.

 

  • Pourquoi tu es venue Peyton ? Me demanda-t-il.

  • Pour te voir et voir Jenny.

  • Tu en es sûre ?

  • Mais Jake..

  • Pourquoi ?

 

Cette chose, cette sale chose tapie dans l'ombre était en train de sortir. Je le voyais sur le visage de Jake, dans son regard, la chambre s'était soudain assombrie. Partout où mon décor avait été planté pour une journée parfaite, cette ombre la recouvrait par tous les pores. Je fixai Jake droit dans les yeux, sentant le courage me lâcher. Il me fit un bref sourire, et posa sa main sur la mienne.

 

  • Tu sais, je ne t'en veux pas Peyton. Tu es amoureuse de lui depuis le début. Seulement..j'avais espéré que ton cœur un jour m'appartiendrait.

 

Je continuai de l'observer en cherchant une once de mensonge dans son regard. Il m'aimait tellement qu'il voulait me voir heureuse, avec ou sans lui. Comment avais-je pu passer de l'état où je me sentais amoureuse de Jake à celui où j'étais amoureuse de mon meilleur ami ? Peut-être que Jake faisait fausse route, peut-être que les sentiments qu'il pensait que j'avais pour Lucas n'étaient que l'ombre de ceux que j'avais ressenti auparavant. Je m'agrippai à sa main comme une bouée. Il m'avait jeté à l'eau sans rien à quoi me raccrocher et je ne voulais pas me noyer. Je l'obligeai à me faire face, mais il s'obstinait à garder les yeux baissés.

 

  • S'il te plaît, soufflai-je comme un supplice.

 

Il s'exécuta.

 

  • Je t'aime Jake, crois-moi quand je te dis ça.

  • Mais pas autant que tu l'aimes, lui.

 

Je secouai la tête, les yeux fermés.

 

  • Comment peux-tu croire un seul instant que je suis encore amoureuse de Lucas ? C'est mon meilleur ami, et le copain de ma meilleure amie, comment peux-tu.. J'ai quitté Tree Hill.

  • Tu fuyais juste ! Tu as toujours fui les problèmes, pour une fois affronte-les même s'ils font mal, même s'il y en a qui ne s'en sorte pas, il faut que tu affrontes tes peurs. C'est la vie, Peyton.

  • Je n'aime pas son concept. Alors nous sommes voués à nous battre contre nos démons tout au long de notre vie ? Sans même avoir une issue de secours ?

  • Nous sommes des êtres humains, nous avons été conçus de tel façon à ce que nous ne goûtions, presque jamais au bonheur éternel. C'est impossible, sinon où serait son enjeu ?

 

Je m'obstinai à mon tour de vaincre cette stupidité. Je ne voulais pas croire que c'était fini. Que cette journée que nous avions passé tous les deux avec Jenny, cette soirée où nous nous étions unis plusieurs fois ne resterait qu'un fade souvenir. Je ne voulais pas croire que j'avais fait tout cela pour rien. Je m'y refusais.

 

  • Peyton, sache que je t'aime et ce jusqu'à la fin de ma vie. Et même si tu ne veux pas me l'avouer, avoue-le toi à toi-même. Tu as le droit de l'aimer Peyton, tu en as le droit. Il t'a sauvé de toi-même.

 

J'ouvris les yeux et tombai sur son visage bienveillant. Je les écarquillai et eus un mouvement de recul. Étais-je vouée à faire du mal aux gens que j'aimais toute ma vie ?

 

  • Si tu savais comme je regrette, murmurai-je le regard brouillé par les larmes menaçantes.

  • Je sais, je sais.

  • Jake..je t'ai aimé, et je t'aime. Je ne comprends pas du tout..

  • Parfois, il faut qu'on te secoue Miss Sawyer ! Tu n'affrontes seulement tes craintes qu'au pied du mur. C'est dans ta nature.

  • Comment se fait-il que tu me connaisses aussi bien ?

  • Des heures et des heures à potasser ton mode emploie, plaisanta-t-il en riant doucement.

 

Et je ris à travers mes larmes, qui coulèrent silencieuses sur mes joues. La belle journée qui s'annonçait retrouvait sa place, mais je n'arrivais pas à me réjouir. Cette découverte que j'avais faite en cette journée d'été allait détruire des vies. En commençant par la mienne.

 

 

Brooke

 

Le sourire aux lèvres, je finis de taper mon article. Je le ponctuai d'un geste et me retournai vers le lit sur lequel Lucas était allongé un bouquin dans les mains. Je l'observai, ses sourcils froncés, concentré sur un chef d’œuvre de Shakespeare. Malgré le fait qu'il soit devenu un célèbre écrivain, Lucas continuait de s'inspirer de ses prédécesseurs. Il continuerait toujours de m'étonner. Il dut sentir que je l'observai, car il baissa son livre et me fit un sourire.

 

  • Tu as fini ? Me demanda-t-il.

  • Oui m'sieur, répondis-je en me levant et m'asseyant face à lui.

  • Tu devrais être ravie.

  • Je le suis.

  • Alors pourquoi je vois cette ombre, là, dans tes yeux.

 

Je haussai les épaules. Lucas me connaissait par cœur.

 

  • N'as-tu jamais ressenti, tu sais, cette vague impression que quelque chose de grave arriverait ? Que même si tout était parfait, il ne suffirait qu'un grain de sable pour tout faire basculer ?

 

Lucas se redressa, alerté par mon ton.

 

  • A quoi tu penses ?

  • J'en sais rien.

  • Si, tu repenses à ce voyage, pas vrai ? Tu aimerais faire ce reportage ?

 

Je levai les yeux vers lui et les baissai juste après.

 

  • Il y a de ça.

  • Mais ?

  • Tu sais très bien que je ne pourrais jamais partir aussi loin de toi.

  • Brooke, je te fais confiance, alors..

  • Ce n'est pas de confiance dont je parle, je parle de besoin. Six mois en Afrique, c'est beaucoup trop long. Je ne ferai que de penser à toi et ça me tuerait.

  • Mais si tu veux le faire, si tu en as envie, je sais qu'on peut y arriver. Je sais qu'on tiendra. Qu'est-ce que six mois dans une vie ? Hein ? Me demanda-t-il en entremêlant ses doigts aux miens.

Je haussai les épaules en soupirant. Puis il me prit dans ses bras et je me laissai faire, me calant contre lui. L'oreille collée contre son torse, écoutant les battements de son cœur. Cette mélodie je m'y étais tellement habituée qu'elle était devenue ma berceuse. Chaque nuit je m'endormais sur ce son et pensais que lorsque j'étais avec lui plus rien ne pouvait m'arriver, je me sentais en sécurité. J'étais amoureuse de cet homme depuis le lycée et maintenant que j'avais réussi à vaincre ma peur d'être une nouvelle fois déçue, je vivais une histoire d'amour dont les romantiques jalouseraient. Il passa ses doigts dans mes cheveux, et respecta ce silence presque sacré que nous avions imposé. C'était pour ça que je l'aimais, pour ce sentiment de sécurité qu'il faisait grandir en moi, pour cette assurance qu'il avait et dont il jouait quand je me sentais mal. Je l'aimais pour ces qualités mais également pour tous les défauts dont ils disposaient.

 

  • Tu sais que jamais je ne laisserai quelqu'un te séparer de moi ? Me souffla-t-il au creux de l'oreille.

  • Je sais.

  • Alors qu'est-ce qui t'inquiètes ? Dis-moi.

  • J'ai peur, peur de te perdre, peur que tout bascule.

 

Il se détacha de moi quelques instants et me regarda droit dans les yeux.

 

  • Que veux-tu dire ?

  • Tu m'aimes comment ? Répliquai-je.

 

Il parut perplexe, mais dans un sourire m'avoua qu'il était fou amoureux de moi.

 

  • Votre histoire avec Peyton est donc bel et bien derrière toi ? Ajoutai-je tremblante.

 

Lucas s'assombrit et me força à le regarder droit dans les yeux.

 

  • J'ai eu le choix entre mon amour de jeunesse et celui pour qui j'étais destiné à vivre le reste de ma vie. Et il se trouve qu'elle est présente aujourd'hui à mes côtés. Peyton est une très bonne amie, la meilleure et tu le sais parce que c'est la tienne également.

  • Je sais.

  • Mais pourquoi tu..

  • Pour rien. Un vieux rêve, un songe que j'avais fait et qui m'a fait peur.

  • Il parlait de quoi ce rêve ?

  • Luc..

  • Allé, dis-moi. Je suis professeur, je peux peut-être réussir à l'interpréter.

 

Je ris et il me lança un regard noir.

 

  • Désolée, mais tu es prof de littérature pas thérapeute.

  • Oui, mais j'ai étudié durant mon cursus l'interprétation des rêves, j'ai même gardé des ouvrages là-dessus.

  • Ce n'est rien, qu'un rêve stupide qui m'a fait flipper, d'accord ? Je suis rassurée, toi aussi. Maintenant je vais aller me préparer. J'ai rendez-vous avec Cynthia.

  • Cynthia ? Pourquoi ?

  • Je n'en sais rien. Elle m'a dit que ça concernait ma chronique.

 

Lucas fronça les sourcils.

 

  • Tu ne penses pas qu'elle veuille te virer ou..

  • Non, mais je pense surtout qu'elle veut que j'agrandisse mon public.

  • Cette chronique est destinée aux femmes. Quel public pourrais-tu donc viser ?

 

Je ris. Lucas avait la fâcheuse manie de partir dans des interrogations auxquelles personnes ne pouvaient répondre. Il savait aussi bien que moi, que ma chronique ne pouvait pas aller au-delà des femmes et qu'il était donc inutile d'en dire davantage. Il me tira la langue et se leva promptement du lit.

 

  • Moi, je n'ai aucun cour aujourd'hui. Je vais voir si mon frère veut bien, en souvenir du bon vieux temps se faire un petit match.

  • Fais donc ça, oui.

  • On dirait que maintenant tu es pressée de me voir déguerpir, dit-il en me tirant par le bras et me ramenant brusquement à lui.

 

Je ris une nouvelle fois.

 

  • Lucas, je vais être en retard.

  • Hier..c'est toi qui m'a mise en retard..

  • Hé ! Tu veux ta revanche ?

  • Exactement, on se la joue en deux manches ?

 

Je n'eus pas le temps de répliquer, qu'il posa ses lèvres sur les miennes.